Magnifique hommage, écrit par Isabelle, Éric & Manu pour leur maman..... Lu par Éric, pendant la cérémonie civile au crématorium le 03 mars 2026.....
Pour toi, Maman...
Tu es née à Agay, le 12 juin 1941. On t’a donné le prénom de Janine… et le fait d’être née fille t’aura épargné celui de Narvick — bataille dont ton papa était revenu. Une anecdote qui te faisait sourire et qui disait déjà beaucoup de toi.
Tu as passé ta jeunesse entre Agay et Saint-Vallier. Tu jouais au basket, tu aimais danser au bord du Rhône et en Ardèche, et tu as toujours gardé au fond de toi des souvenirs très forts de ces mois passés à Agay, auprès de tes parents, de ta sœur — restée si proche tout au long de ta vie — et de toute la famille Gargis. Tu ne manquais pas de nous partager un souvenir avec ta sœur Mimy lors de vacances à Lyon et à vos nuits angoissées au dessus du fournil et ces formidables moments avec tes cousins à Saint-Uzes.
De cette période, tu as aussi gardé le sens de l’essentiel et l’art de faire avec peu.
Des cafés et des commerces de tes parents, tu as hérité le goût des choses simples et le sens des autres.
Très tôt, tu avais déjà ce besoin de t’occuper des autres particulièrement les enfants, d’être présente, d’aider — comme lorsque tu étais monitrice en colonie de vacances, toujours attentive et investie auprès des enfants.
Puis, en 1963, à Valence, tu as rencontré Papa. Ton grand amour, lui, le déraciné d’Algérie. Très vite — et plus vite que vous ne l’aviez prévu, c’était l’époque disais tu — vous avez construit une famille avec trois enfants. Et tandis que ses fonctions l’éloignaient souvent, tu as été le pilier de notre quotidien. Tu as veillé sur nous, sans relâche, pour que jamais rien ne nous manque. Même si il y avait tant à gérer, vous avez quand même accueilli des animaux qui ont partagé notre vie — chat, lapin… simplement pour nous faire plaisir.
Avec Papa, vous nous avez transmis l’essentiel : le respect, le sens de l’engagement, la simplicité… et la liberté de penser par nous-mêmes.
Ton caractère bien affirmé, ton sens de la répartie qui faisait sourire, parfois rire, ne laissaient jamais indifférent. Je me souviens de cette anecdote au marché d’Agay : une personne assurant bien connaître les légumes du sud et prenant dans ses mains une courgette ronde en demandant avec assurance si ces « petits melons » étaient bons. Alors, face à sa certitude et son attitude, tu lui as confirmé qu’ils étaient délicieux… et à manger tout de suite, nous avons tous bien ri à l’idée de leur dégustation.
Partout où la vie nous a menés, tu as su créer du lien, te faire aimer. Les clubs de la gendarmerie, le ski de fond, les fêtes de Noël, les moments partagés… tu étais toujours là, souvent à l’initiative, mais toujours avec cette discrétion et ce petit côté indépendant et sauvage qui te ressemble tant.
Vous nous avez tant donné.
Je repense à nos vacances en caravane… les campings au bord de la mer, de l’océan, du Rhône, et à travers toute la France.
Je me souviens lorsque Papa étant parti en déplacement, tu avais dû choisir seule notre première caravane. Elle était magnifique… mais tellement grande et lourde pour la voiture que le premier voyage en est devenu épique.
Et puis, il y avait les vacances à Agay, les barbecues, les méchouis et paellas… ces moments simples et précieux, entre amis et surtout en famille.
Tu avais un petit don pour le dessin, tu aimais lire, jouer au Scrabble et aux mots fléchés, et certains d’entre nous en ont hérité.
Mais ce qui te définit peut-être le plus, c’est la mère et la grand-mère que tu as été. Une maman attentive, présente, protectrice. Une grand-mère aimante, toujours heureuse de partager, d’écouter, de donner de ton temps et de ton cœur — et tout cela sans jamais t’imposer. Et avec Papa, vous avez su accueillir tous ceux qui sont entrés dans nos vies, avec simplicité et générosité.
La vie ne t’a pas toujours épargnée. Tu as dû affronter des épreuves difficiles : la perte de tes parents, puis celle de Papa, et celle de ta sœur, si proche de toi… ainsi que des choix parfois difficiles.
Tu n’as pas été épargné non plus par les soucis de santé, mais que tu as toujours traversés avec courage, sans jamais te plaindre, en cherchant toujours à nous protéger et à minimiser pour nous préserver.
Sur la fin de ta vie, la maladie qui t’a le plus touchée a été celle qui altérait peu à peu ta mémoire. Elle te faisait souffrir, pas seulement parce que tu oubliais, mais surtout parce que tu sentais que tu ne pouvais plus être attentive aux autres comme tu l’avais toujours été.
Aujourd’hui, je veux croire que tu as retrouvé tous ceux qui t’ont précédée, ceux qui te manquaient tant et auxquels nous pensons aussi. Et je veux croire aussi que vous partagez à nouveau ces souvenirs qui t’étaient si chers.
Alors, même si tu n’es plus là, physiquement…
tu es là autrement.
Dans tout ce que tu nous as transmis, dans nos gestes, dans nos souvenirs, dans ce que nous sommes devenus.
Tu es là, dans nos vies.
Et tu le resteras.
Au revoir, Maman…
et à toujours.